Confinée dans ma peine.

Ce texte court  a été écrit le premier jour du confinement. C’est le premier d’une série sur le thème de la peine. Bonne lecture ! 

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Mardi 17 mars 2020, 16h16

Début du confinement.

A la fois le quotidien, le familier … Et l’inhabituel, le singulier, le bizarre.

Regarder tous ces immeubles, fenêtres de vies et imaginer ce qu’il se passe dans ses appartements. Sieste ? Jeux ? Sexe ? Disputes ? Séries TV ?

Je n’ai jamais autant entendu les oiseaux de ma terrasse.

Pourtant la perspective de l’enferment et du confinement m’a bouleversé jusqu’aux plus profonds de mes tripes.

Ça me renvoie à du dur, à ce sentiment de ne plus avoir de pouvoir sur moi-même.

Ça me renvoie à … 

A Esquirolles, en 2005, et à la violence de l’enfermement psychiatrique

A mon frère, Khoya, qui m’ a enfermé une nuit entière sur le balcon de notre HLM, et je me suis couverte avec une nappe en plastique

A Ma belle-mère et nos guerres. Ma chambre devenait mon mitard.

A l’angoisse sourde suite aux différents abandons de mon père. La peur qu’il ne revienne jamais et me laisse dans la prison de sa femme.

Ça me revoie à des angoisses, des guerres intimes pour être aimée. A l’attente douloureuse d’un amour censé tout réparer, tout panser… Mais un amour qui n’arrive jamais. Un amour qui ne peut revenir.

Ça me renvoie à cette prison de l’abandon, cette prison mentale qui vous téléporte de l’âge adulte aux terreurs nocturnes éprouvées par chaque enfant, seule dans son lit.

La peur du noir ? Si seulement, ce n’était que ça : ce serait si réconfortant.

 

Je n’ai pas de souvenirs précis de la disparition soudaine et brutale de ma maman.

Je n’ai pas de souvenirs, mais maintenant je sais que mon corps se souvient. Je ne comprenais pas ce qu’il m’arrivait le soir dans mon lit, depuis des décennies….

Ma respiration ralentit, mon souffle se coupe, mon ventre se contracte petit à petit, au point de devenir si dur qu’on dirait un parpaing. Je me tords de douleur… La peur m’envahit, me colonise, me dévore toute crue . Une angoisse sourde prends possession de tout mon être. Vous n’avez plus 15 ans, 20 ans, 25 ans, 35 ans…

Vous êtes seule, vous êtes en état de vigilance, vous attendez un danger imminent.  C’est une petite mort.

Vous êtes seule, profondément seule.

Vous attendez les bras parfaits pour laisser reposer cette peur. 

Ce souvenir traumatique rejoué à l’infini de mes nuits est un Rappel sidérant de cette vérité crue : à 3 ans, mon enfermement psychique et ses répercussion physiques a commencé. 

A 3 ans, on m’a arraché ses bras protecteurs, ce corps maternel, où certainement, comme tous les enfants du monde, je m’apaisais au rythme de son cœur.

A la place, j’ai récolté absence, angoisse, silences et peur.

Et depuis 34 ans, je reste confinée dans cette ellipse d’amour.

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