Atelier d’écriture avec tRace ta voix !

bandeau atelier enfermement Le collectif des Hassisées, dont je fais partie, réunit des femmes et queers de l’immigration et des banlieues, nées dans la hass. Nous organisons des évènements, tRace ta voix,  pour faire entendre nos mots, bouger nos corps et faire entendre nos voix.

Le blog : https://hassisees.wixsite.com/website

Nous organisons des ateliers d’écriture. Pendant le confinement, le thème proposé a été l’enfermement. Voici ma participation à ces exercices. Bonne lecture.

 


Choisis deux images qui représentent l’enfermement : 

KAHLO-791x1024Le corps brisé est une prison, le corps visible est un putching ball, une masse identifiée comme la mère nourricière. On vient se servir. Ils et elles prennent sans donner à la hauteur de leur butin, composés de particules de moi.

Ce corps criblé de clous, criblé de coups, essaie de se tenir droit, droit dans les tempêtes.  Plus je serais droite à l’intérieure et moins on pourra me tordre de l’extérieur.

Je suis une femme, pas juste une mère nourricière. Je suis une femme, qui n’a jamais eu de maman, comment c’est possible que je joue ce rôle encore et encore ? Comment c’est possible que cette absence ait fusionnée à ce point avec moi, au point d’être ce qu’on veut voir de moi : la mère, …  ta mère.


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Petite fille, seule dans sa chambre, cherche à fuir la tyrannie. Premières émeutes enfantines et adolescentes contre la marâtre. Mais à ce jeu, l’enfant, même en feu, même en guerre, ne gagne jamais face à l’adulte et son pouvoir. Ma chambre, un mitard. Si petite, mais déjà fière et déterminée à ne pas accepter, dans ma révolte, de me mettre à la même table que la dominante, la tyran.

A force, j’ai anticipé ces guerres, ces humiliations de l’enfermement. J’ai anticipé mes premières grèves de la faim et j’ai accumulé un petit butin : des biscottes et la vache qui rit discount. Un paquet blanc et bleu, tamponné « Don de la CEE ». On récupérait ça au resto du cœur. J’en avais assez pour tenir 2 ou 3 jours Ca me rendait fière de savoir que je pouvais tenir ma grève ainsi. Mais très vite, j’avais faim. Donc la boucle de l’humiliation était bouclée : je devais retourner à la table de la marâtre, encaisser ses regards et ses moqueries, la voir jubiler de sa toute puissance et manger … en silence mais le corps en feu…. Je mange ton plat mais je n’avale pas tes couleuvres.

Mais je n’avais pas mesuré la solitude, la tristesse, la faim… Faim de nourritures, alimentaire et affectives. Je n’avais pas anticipé que mon corps commencerait à accumuler un butin aussi, un butin lié à nos corps ancestraux, ayant vécu la famine. Nos corps se souviennent et stockent. Je n’avais pas mesuré que les blessures de l’ âme s’imprimeraient en amas de gras.

Aujourd’hui j’aime bien manger de la vache qui rit ( la vraie marque ) et des biscottes Heudebert… Ce goût magnifié me ramène à une évidence : c’est la biscotte de Proust de ma liberté.



Si tu étais en possession du pouvoir de fuir l’enfermement par l’imagination et l’auto-hypnose, quelle serait la période que tu aimerais visiter et la femme que tu aimerais incarner ? 

J’ai choisi de rendre hommage à ma grand-mère paternelle, Ima Khadija.

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Finalise les phrases commençant par :  » Je me suis sentie enfermée quand  » …

 

Finalise les phrases commençant par : « Ce qui m’a permis de survivre c’est » …

 

Finalise les phrases commençant par : « Le jour où je serai libre » …

 


Imagine ton premier jour de liberté après une longue période d’enfermement.

A la mer, le matin. Seule, mais au loin, près de la plage, elle distingue ses sœurs et sa fille.  Soleil éclatant, ciel bleu, mer calme. 

Elle marche, elle respire, perds son regard dans l’horizon et voit au loin ses trois piliers… Mais elle prend le temps pour les rejoindre. Elle savoure cette solitude, cette solitude dans la liberté. Au bout du chemin, de ses chemins de vies, de ce chemin côtier : l’amour l’attends.

Elle savoure sa liberté, elle mesure les combats passés, elle touche ses cicatrices, ne laisse pas la tristesse gagner (trop) de terrain… Elle ressent plutôt chaque bouffée d’air la remplir et lui rappeler le nouveau combat qu’elle a gagné… Sur la tragédie, les ruptures, la vie.

L’air qui emplit ses poumons accompagnent ses pas. Elle souffle, elle respire. Elle engrange de la force. Car elle sait que ligne de vie et ligne de mort sont toujours cohabitantes. Mais là, place à la vie et l’amour.

 


Écris un texte à partir des images choisies et des différents exercices en te mettant dans la peau de quelqu’un qui subit l’enfermement, qui s’en évade par l’imagination et qui finit par être libérée.

Ma chambre, ma prison.

Mes traumatismes, une boîte noire enfouie au plus profond de moi en journée. Mais chaque enfant sait que les monstres ressurgissent la nuit.

Chaque soir impossible de dormir, enfin de m’endormir.

La seule solution était de bercer, enfin de m’auto bercer car les mains maternelles sont vite devenues des fantômes.

Je me mettais en boule, sur le lit, et je me remuais moi-même de haut en bas, droite et gauche. Jusqu’à l’épuisement, jusqu’à sombrer littéralement dans le sommeil.

Et pour fuir cette angoisse, cette tristesse, ces violences, ce corps, cette vie, Quasimodo s’inventait la meilleure des vies.  Où elle jouait le premier rôle : elle était belle, forte, puissante, reconnue, connectée à ses rêves et son corps.

Bien sûr ses lectures, la télé, les séries et films américains nourrissaient son imaginaire et son ego blessé, encore et encore.

Un soir, elle était cette femme d’affaire puissante, qui voyageait dans le monde entier, et revenait voir sa famille rassemblée au bled une fois par an, attendue telle le Messie. Au Maroc, elle était cette femme indépendante, son compte en banque c’était son pass navigo, sa carte de circulation, la clé de sa liberté. Elle descendait les escaliers de la villa de son oncle, si riche, si méchant avec elle avec sa violence grossophobe… elle descendait les escaliers de sa villa, telle une diva… et elle allait au palais royal dîner avec le roi Mohamed 6… Rien que ça.

Un autre soir, elle était la seule femme à jouer dans l’équipe des bleus de 1998. Amoureuse de Zidane, amie de Thuram et de Thierry Henri. Elle rentrait sur le terrain, et tel Olive, elle faisait les cadrages de ouf, marquait but sur but et elle sauvait le match. Elle n’était plus ce boulet que personne ne prenait dans les équipes de sport au collège. Elle sauvait le match. Elle était portée par ses coéquipiers et était célébrée. Rien que ça.

Elle était cette jeune lycéenne isolée et invisible. Mas lors d’un voyage en Camargue, à peine sorte du bus, son cheval préféré, ayant senti sa venue, déboule au galop et elle saute sur sa croupe… elle part en trombe avec son animal préféré… Cette course endiablée, souffle puissant de liberté, de joie, d’indépendance la remplit… et épate la galerie. Elle revient la nuit, des heures après, cheveux au vents, visage souillé, telle une cow girl. Elle a sa place dans ce ranch, aimé par chacun des paysans du coin ( y a des ranchs en Camargue ? ). Le regard de ses camarades change… Ce n’est plus la grosse et sale Hanane mal fagotée, mal coiffée, poilue et sale… C’est Hanane l’amazone. Rien que ça.

J’en aurais tellement à raconter… Des Rien que ça. Mais ces rien que ça, c’était tout. Toute sa survie.

C’était un moyen de fuir ce corps, cette vie. On avait l’impression que son imaginaire avait besoin de l’agitation frénétique de son corps, pour s’échapper… Comme si elle pédalait tel E.T pour s’envoler vers d’autres espaces temps, d’autres espaces corps, d’autres espaces de vie, d’autres espaces de possibles. Elle pédalait tel E.T pour trouver sa maison de joie et de sécurité.

Cette capacité de sortir de son enveloppe corporelle et de son espace mental, c’est maintenant une de ses forces. Quand la douleur physique ou moral est insupportable, elle peut l’éteindre et s’ évader… Imaginer une meilleure fin. Une sortie de crise. Une pause douceur dans la douleur. Réinventer la vie, même quand le destin s’acharne.

Cette danse frénétique du corps et de l’esprit : c’est sa façon de crier CHAH LE DESTIN !

 

 

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